COMMENTAIRES DU SECTEUR TRANSPORT URBAIN
DU SYNDICAT CANADIEN DE LA FONCTION PUBLIQUE (FTQ)
SUR LES RAPPORTS DES MANDATAIRES DU GOUVERNEMENT DU
QUÉBEC EN RAPPORT À LA RÉVISION DE CADRE FINANCIER
DU TRANSPORT EN COMMUN AU QUÉBEC
Déposé à
Monsieur Serge Ménard, Ministre des Transports
Le XX mars 2003 |
INTRODUCTION
Le secteur du transport urbain du SCFP tient à saluer la
démarche de consultation sur le financement du transport en
commun au Québec, entreprise à l’été 2002 par le ministre
des Transports du Québec, M. Serge Ménard. De l’avis de tous
les intervenants du secteur, il était grand temps que le
gouvernement du Québec entreprenne une telle démarche. En
effet, depuis la réforme dite de Ryan en 1992, le transport
en commun voguait de crise financière en crise financière.
Le désengagement de l’État dans le financement de
l’exploitation du service a été imité, année après année,
par les municipalités qui diminuaient sans cesse leurs
contributions au financement des sociétés de transport avec
comme conséquence que le public voyageur en a fait les
frais. Faute d’un financement adéquat, le service aux
voyageurs a diminué comme peau de chagrin. Devant une
dégradation aussi marquée du service, les voyageurs qui en
avaient les moyens ont réagi en délaissant le transport en
commun au profit de leur véhicule personnel. Il faut donc
ajouter cet élément sur la liste qui vient diminuer les
entrées de fonds pour les sociétés de transport. Cette
spirale sans fin nous fait penser à la publicité de la
saucisse Hygrade. Mais où s’arrêtera cette spirale ?
L’actualité récente nous fait découvrir que la ville de
Londres a pris des moyens draconiens et politiquement
courageux en imposant un système de paiement électronique
aux automobilistes pour diminuer la congestion dans son
centre-ville. Est-ce là une solution que nos élus devront
regarder dans quelques années ? Cet exemple démontre, une
fois de plus, que l’automobile est le principal concurrent
du transport en commun; et c’est encore plus vrai en
Amérique du Nord. Le culte que nous vouons à l’automobile
est incontestablement plus fort en Amérique qu’en Europe.
LES RAPPORTS DES MANDATAIRES
Il est donc impératif que les pouvoirs publics prennent des
mesures concrètes pour favoriser l’utilisation du transport
en commun. À cet effet, nous ne pouvons qu’être en total
accord avec la très grande partie des mesures préconisées
par les mandataires dans leur rapport. Principalement, nous
saluons tout particulièrement :
- Le rôle accru dévolu à la CMM.
- La création du Fonds régional.
- La création du Fonds d’immobilisation.
- La mise à contribution des automobilistes par :
o le réajustement de l’immatriculation pour tenir compte de
l’inflation ; o l’élargissement aux véhicules commerciaux des droits
d’immatriculation ; o l’augmentation de un cent le litre d’essence.
- L’imposition à chaque ville membre de la CMM d’une
quote-part de trois cents du 100 $ d’évaluation (quoique
l’effort des municipalités devrait être beaucoup plus
substantiel que ce qui est proposé, puisque ces dernières se
sont désengagées de façon importante au cours des dix
dernières années. Leur contribution devrait être haussée au
niveau qu’elles assumaient en 1992 majorée de l’inflation.
Pour la seule Société de transport de Montréal (STM), c’est
ainsi plus de 400 millions de dollars qui seraient investis
au service des voyageurs).
- Les mesures fiscales pour les employés et les employeurs
concernant les déductions de leur revenu des titres de
transport.
- L’imposition de l’avantage lié au stationnement
subventionné par l’employeur.
- Mise à contribution du gouvernement fédéral. À cet effet,
en ratifiant le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz
à effet de serre [GES] qui fera bientôt l’objet d’une
évaluation à Carthagène, le fédéral impose une obligation
aux provinces afin qu’elles atteignent certains objectifs,
les coûts pour l’atteinte de ces objectifs devraient être
assumés par le fédéral. Le secteur du transport est
responsable d’une très grande part de la production des GES.
Il est indéniable que les objectifs de réduction des GES
viseront ce secteur. Bien que le dernier budget fédéral
prévoit deux milliards de dollars sur cinq ans pour réduire
les GES, le ministre de l’Environnement, David Anderson,
ignorait comment cet argent serait dépensé. Le ministre
s’est contenté de spécifier qu’il y aurait bientôt la
création d’un comité pour décider de l’utilisation de ces
sommes. Des pressions doivent être faites pour que le
fédéral investisse une part importante de ces montants dans
le financement du transport en commun. L’augmentation de
l’utilisation des transports publics entraîne inévitablement
une diminution de production des GES.
Ces mesures sont innovatrices et prometteuses d’un
financement plus stable et plus approprié pour les sociétés
de transport. Cependant, il nous apparaît clairement que les
trois mandataires ont erré dangereusement en s’aventurant
sur le terrain miné de la sous-traitance et de la
privatisation. Les trois mandataires ont cédé aux chants des
sirènes des colporteurs d’entreprise bourrés de conflits
d’intérêt en écoutant leur baratin de vente en faveur de la
privatisation des services communautaires essentiels à notre
qualité de vie. L’attrait qu’exercent ces colporteurs sur
les décideurs est non négligeable. On le sait, on le voit,
les municipalités, les sociétés de transport public
souffrent d’une crise de financement. Parce que leurs
responsabilités excèdent leurs revenus, de nombreux
décideurs se font aiguillonner par les gouvernements et, à
cause du contexte, sont poussés à se tourner vers le secteur
privé pour financer et offrir des services publics, mais le
coût du financement privé est beaucoup plus élevé que celui
du financement public, et le coût de la prestation privée
des services peut être plus grand encore : les frais
augmentent, les normes diminuent, de bons emplois sont
perdus.
Le mandataire Bernard recommande dans son rapport à la page
49 : « La mise en concurrence balisée », puisque, selon lui,
« Il n’y a pas de meilleure mesure de la productivité que la
concurrence » afin de s’assurer que les coûts de production
soient les plus bas possibles et que la productivité
s’améliore constamment.
Force nous est de constater que cette recommandation détonne
singulièrement d’avec son préambule qui préconisait la
concentration des sociétés de transport sur leur mission de
base, i.e., transporter des voyageurs (page 48). Si nous
suivons bien le raisonnement du mandataire Bernard, afin
d’aider les sociétés de transport à se concentrer sur leur
mission primaire, il suffirait d’introduire la
sous-traitance jusqu’à la hauteur de 20 % du réseau de
transport terrestre. En tout respect pour l’opinion
contraire, nous éprouvons des difficultés à comprendre le
raisonnement du mandataire Bernard. Évidemment, le portrait
s’éclaircit lorsque nous mettons en parallèle les
représentations qui lui ont été faites par les colporteurs
de l’entreprise privée qui promettent des lendemains qui
chantent.
Toujours avec respect pour l’opinion contraire, nous
considérons que cette recommandation ne relève pas du
financement des sociétés de transport mais plutôt de la
réduction des coûts en fouillant dans les poches des
travailleurs et en hypothéquant la quantité et la qualité
des services fournis aux usagers, parce que c’est
essentiellement le but poursuivi par une telle approche.
La section 5.2 du rapport Bernard s’intitule : « Les moyens
d’améliorer la performance des organismes de transport en
commun », dans les sous-sections qui suivent : « Évaluation
de la performance » et « Concentration des sociétés de
transport sur leur mission de base », le mandataire Bernard
met de l’avant qu’il est important que le ministère des
Transports développe un outil d’évaluation qui sera utilisé
par les sociétés de transport, non pas pour se comparer
entre elles, mais bien pour leur permettre de reconnaître
leurs forces et leurs faiblesses afin d’être mieux en mesure
d’améliorer leurs résultats (page 48).
Enchaînant par la suite avec la sous-section : « Mise en
concurrence balisée », le mandataire Bernard pose le
postulat « qu’il n’y a pas de meilleure mesure de la
productivité que la concurrence ». C’est donc ainsi qu’il
propose l’outil par excellence pour « vérifier la
productivité » et « s’assurer que leurs coûts de production
soient les plus bas possibles et que leur productivité
s’améliore constamment ». Donc, en mettant de la pression à
la baisse sur les salaires des travailleurs, on s’assure
d’une productivité accrue. À la limite, si nous poussons ce
raisonnement à l’extrême, en ne payant pas les travailleurs,
nous aurions la productivité ultime. Cette approche pour
mettre de la pression à la baisse sur les salaires n’est pas
nouvelle et l’exemple vient de haut. Le gouvernement du
Québec est un acteur de choix dans cette saga, point n’est
besoin de rappeler les coupures de salaires récurrentes de
20 % au début des années 1980, les gels des salaires, les
coupures de 1 % par la suite et, finalement, la récupération
de 6 %. Force est de constater que le gouvernement a de la
suite dans les idées. La dernière trouvaille en liste (parce
que le gouvernement doit commencer à être gêné de réduire
les salaires) : la mise en concurrence balisée jusqu'à la
hauteur de 20 %. L’analyse faite doit être du genre : Si on
peut réussir à leur imposer ce concept, si on peut leur
entrer le doigt dans le tordeur, ça sera irréversible, le
bras va suivre.
À lire l’argumentaire du mandataire Bernard, il est permis
de croire qu’il s’abreuve intellectuellement au projet de
société proposé par le banquier Léon Courville, l’éminence
grise de l’ADQ. Briser le monopole de l’État sur l’offre de
la plupart des services publics au Québec est la pierre
angulaire qu’il préconise dans son livre « Place à
l’initiative. Repenser nos rapports économiques et sociaux
». Le mandataire Bernard épouse-t-il la même approche
lorsqu’il mentionne à la page 49 : « Aussi, les entreprises
qui, comme les sociétés de transport en commun, sont en
situation de monopole territorial doivent prendre des
mesures particulières… ». De plus, le banquier Courville
préconise que, pour libérer l’offre de services, il faut
permettre au secteur privé de faire concurrence aux services
offerts par l’État. Mentionnons également qu’il s’agit là
d’une facette de la plate-forme politique de l’ADQ. Pour ce
faire, il préconise l’abolition des articles 45 et 46 du
Code du travail. Rappelons-nous que l’article 45 du Code du
travail offre une protection aux salariés puisqu’il fait en
sorte de transférer chez le sous-traitant le certificat
d’accréditation ainsi que la convention collective.
Pour sa part, le mandataire Bernard va une autre fois dans
le même sens que son maître à penser, page 49 paragraphe 4
de son rapport, lorsqu’il liste les mesures à prendre pour
encadrer sa mise en concurrence balisée, il stipule alors
que « Aucun employé ne pourrait être mis à pied en raison
d’un tel contrat (contrat de sous-traitance jusqu’à hauteur
de 20 %) et la convention collective et le certificat
d’accréditation du syndicat des employés ne lieraient pas le
nouveau fournisseur ». Ce faisant, il écarte l’application
de l’article 45 du Code du travail. Il reprend intégralement
le concept proposé par Léon Courville et l’ADQ, qui est
d’ailleurs contraire aux nouvelles dispositions du Code du
travail dont le respect a été confié à la nouvelle
Commission des relations du travail.
L’idéologie de droite, à l’effet que la population serait
bien mieux servie par des sous-contrats à l’entreprise
privée, est inspirée du concept de l’effet bénéfique de la
concurrence. Nous sommes profondément convaincus que ce
concept relève de la pensée magique.
Il nous apparaît clair que cette approche de concurrence
balisée ne cadre pas avec l’évaluation de la performance
souhaitée par le mandataire. Si le mandataire est sérieux
dans sa démarche pour procéder à l’évaluation de la
performance des sociétés de transport, il devrait analyser
non pas le travailleur qui conduit un autobus ou une rame de
métro, mais bien l’orgie de gestionnaires qui gèrent à la
petite semaine et qui arrivent à produire un Everest de
mauvaises décisions remportant le championnat toutes
catégories de la pire gestion d’entreprise au Québec. On se
questionne. Comment est-il possible d’augmenter la
productivité d’un chauffeur ? Est-ce qu’il sera plus
productif si on lui demande de rouler plus vite ou encore
avec plus de personnes à bord ou en passant par-dessus les
embouteillages ??? Non, on l’a trouvé! Il sera plus
productif si nous parvenons à baisser son salaire en le
mettant en concurrence balisée avec un sous-traitant.
Rappelons qu’un chauffeur est assis sept heures et demi
derrière son volant et circule sur un circuit d’autobus
durant tout ce temps. Il est donc productif à 100 %.
Ce n’est pas de ce côté qu’il faut regarder pour évaluer le
rendement. L’accent devrait plutôt être mis sur la bande de
gestionnaires incompétents qui ne sont pas en mesure de
faire diminuer le nombre d’autobus en réparation (de l’ordre
de 15 % du total de la flotte). Au lieu de mettre l’accent
pour avoir des autobus disponibles pour livrer le service
planifié, on préfère élaborer des grilles pour savoir où
couper le service lorsqu’on n’y a pas le nombre d’autobus
requis. Les chauffeurs et opérateurs de métro, de même que
les cols blancs, feront les frais de cette mauvaise gestion.
En effet, ce sont ces travailleurs qui sont pointés du doigt
et auxquels le mandataire Bernard s’attaque en voulant
introduire son concept de mise en concurrence balisée. Les
cadres et gestionnaires sont quant à eux morts de rire
devant cet état de fait. Ce sont leurs décisions et leurs
incompétences qui seront récompensées, puisqu’ils ne sont
nullement visés par cette mise en concurrence balisée.
Quant à la privatisation en tout ou en partie des activités
de soutien, nous amenons à titre d’exemple toute
l’importance de l’informatique pour le bon fonctionnement de
l’administration, même du réseau du métro, jamais il ne
faudrait rendre la Société prisonnière de sociétés pouvant
faire faillite et qui ont comme seule mission de faire du
profit. La privatisation des services publics est un débat
passé; partout où cela a été fait, les coûts reliés au
service privatisé montent en flèche (prenons Hydro Ontario
où dernièrement le gouvernement a stoppé la privatisation ou
encore la faillite de la compagnie Paie-Maître). On ne doit
pas avoir une vision à courte vue. Le privé n’est pas une
panacée à tous les maux . Le recours au privé peut être une
solution à court terme, mais inévitablement à moyen et long
terme nous nous retrouverons avec des hausses de coûts hors
de notre contrôle et surtout avec la perte d’une expertise
inestimable. Le «pattern» lorsque le privé remporte un appel
d’offre comme plus bas soumissionnaire est de maintenir les
prix au plus bas pour quelques années jusqu’à la disparition
complète de l’expertise publique. Puis, une fois cette
expertise disparue, la STM devient otage d’une société
privée qui a l’expertise et qui peut hausser les prix à sa
guise. Et cette situation entraînera de fait une hausse des
tarifs et, par conséquent, une baisse de l’achalandage.
Pourtant les syndicats SCFP de la STM ont depuis plusieurs
années travaillé et contribué à mettre l’épaule à la roue
pour faire progresser cette entreprise. Nous avons participé
activement au plan de relance du transport mis de l’avant
par la STCUM. Nous avons consenti au début des années 1990 à
donner à l’employeur un congé de contribution (de 16
millions de dollars) au régime de retraite afin de donner
l’élan nécessaire à ce plan de relance et ainsi tenter
d’augmenter l’achalandage. De plus, nous avons également
consenti un autre congé de contribution de trois ans cette
fois en 2000 jusqu’en 2003. Les travailleurs liés à
l’exploitation, de même que les cols blancs, n’accepteront
tout simplement pas de faire les frais (subir la mise en
concurrence) et de payer la note pour l’incompétence crasse
qui sévit du côté des gestionnaires de la STM. Les salariés
de la STM ont ainsi investi plus de 150 millions de dollars
(en surplus des régimes de retraite) dans la société
seulement pour l’amélioration du service, sans rien recevoir
en retour.
CContrairement à la ville de Québec qui a dû subir de
nombreux arrêts de travail et de nombreux arrêts de service
en raison de conflits de travail, le portrait est tout autre
à Montréal. La dernière grève remonte à plus de 16 ans. Le
climat de travail assaini des dernières années est
attribuable à l’approche véhiculée par les syndicats membres
du SCFP-FTQ. Des relations de travail effectuées
intelligemment au cours de ces années ont permis d’atteindre
une paix industrielle au bénéfice de tous qui permettait de
mettre l’accent sur la qualité du service offert aux
voyageurs. Il faut cependant constater que des concepts de
mise en concurrence balisée peuvent compromettre l’équilibre
fragile qui a été atteint au cours de la dernière décennie.
LE MODÈLE D’INDIANAPOLIS
Le concept de mise en concurrence balisée proposé s’inspire
dans une très grande mesure de ce que les partisans de la
privatisation appellent le « modèle d’Indianapolis ». Ces
partisans jugent ce modèle comme l’incarnation sur terre de
ce qui est plus que parfait. C’est l’exemple parfait des
avantages de l’appel d’offres dans les services municipaux.
Le modèle d’Indianapolis dresse les travailleuses et
travailleurs du secteur public contre les entrepreneurs
privés. Obligeant les employées et employés municipaux à
réduire leur valeur et celle des services qu’ils offrent en
présentant régulièrement des soumissions pour obtenir leur
propre travail. (C’est ce que propose le mandataire Bernard.
En effet, il préconise que les Sociétés de transport
pourront soumissionner aux côtés des compagnies privées pour
obtenir le contrat d’exploitation de 20 % du réseau). La
nouvelle ville fusionnée de Hamilton, qui a tenté d’adopter
ce modèle, a envoyé à chaque employée et employé une
invitation à soumissionner pour la prise en charge de
certains services municipaux. L’offre n’a pas eu beaucoup de
succès. Des prises de contrôle par les employées et employés
sont aussi proposées dans le cadre des projets de
diversification des modes de prestations des services à
Toronto. Des représentants des deux villes devraient se
rendre à Indianapolis, où le modèle a mal tourné. Après une
décennie de ce régime pourtant jugé si prometteur,
Indianapolis a décidé de ramener à l’interne de nombreux
services. Dans bien des cas, de ne plus exiger d’appels
d’offres. Les travailleuses et les travailleurs municipaux
n’ont plus à soumissionner pour conserver le travail qu’ils
ont déjà obtenu, car ils ont prouvé la supériorité des
services offerts à l’interne. Dans de nombreux domaines, le
syndicat a clairement démontré que les services offerts par
le secteur public sont plus efficaces et de meilleure
qualité que ceux que fournissent les entrepreneurs privés.
En plus de conserver leur travail, les travailleuses et les
travailleurs municipaux d’Indianapolis ont rapatrié à
l’interne du travail qui avait été confié à des
entrepreneurs privés. Il est clair que l’expérience
d’Indianapolis favorise maintenant les services municipaux.
Pour réussir, selon le syndicat qui représente les
travailleuses et travailleurs de la ville, il faut avant
tout réorganiser le travail afin de donner aux travailleuses
et travailleurs de première ligne plus de pouvoir et plus
d’autonomie. La rationalisation de la structure de gestion,
notamment par l’élimination de postes de gestion
intermédiaires, a aussi permis de réaliser des économies à
l’interne. Il semble que le modèle d’Indianapolis soit
condamné à l’oubli. Les villes canadiennes qui s’intéressent
au « modèle d’Indianapolis » doivent examiner attentivement
les faits. Les municipalités doivent reconnaître que l’appel
d’offres est un moyen douloureux et coûteux de réaliser des
économies qui s’avèrent à court terme ou inexistantes. Elles
feraient bien d’utiliser l’énergie et les ressources
consacrées au processus d’appel d’offres pour mieux mettre à
profit les connaissances spécialisées et l’ingéniosité des
employées et employés municipaux.
Il ne faut jamais perdre de vue que c’est uniquement l’appât
du gain qui est la seule et unique motivation des lobbyistes
et des sous-traitants et non pas, comme ils le prétendent,
d’offrir à la population des services publics efficaces et
rentables en termes de coûts. Les sous-traitants exercent
une pression à la baisse sur les salaires et donnent le nom
de profit à la différence qui en résulte. Rappelons que la
sous-traitance des emplois des services publics n’engendre
ni épargne ni amélioration de l’efficacité.
L’EXPÉRIENCE DE LONDRES
En terminant, il est intéressant de regarder l’expérience
qu’ont vécu les villes qui ont introduit ce concept de
concurrence balisée. La ville de Londres a épousé ce concept
dans les années 1990 avec des résultats peu enviables. En
introduisant ce concept de concurrence balisée (ou
competitive tendering) dans le transport urbain et
interurbain au début des années 1990 et plus précisément en
1994 pour le transport ferroviaire interurbain, le
gouvernement Thatcher a dilapidé l’expertise publique,
multiplié le nombre d’opérateurs privés, mis la hache dans
les normes de sécurité les plus élémentaires et fait des
réseaux de transport terrestre londonien et britannique un
modèle de non-fiabilité. À tel point que, devant
l’accumulation des tragédies (31 morts et 400 blessés à
Paddington en 1999, 4 morts à Hatfield en 2000) dues au
mauvais entretien des équipements et au relâchement des
règles de sécurité, le gouvernement britannique décidait, en
octobre 2001, de renationaliser le transport ferroviaire
interurbain après sept années de privatisation. On devrait
plutôt parler de dilapidation, en 1994, des biens publics. À
titre d’exemple, le gouvernement conservateur vendait au
privé en 1994 des propriétés, du terrain, des stations, de
la signalisation et des voies de British Rail valant treize
millions $CAN pour la somme de quatre millions $CAN. Quant
aux économies annoncées pour les payeurs de taxes, dans les
quatre années précédant la privatisation de 1994,
l’investissement public dans les infrastructures de
transport ferroviaire était de douze milliards $CAN alors
que quatre ans après la privatisation, l’investissement
public était toujours de douze milliards $CAN. CONCLUSION
C’est pourquoi, nous recommandons au ministre des Transports
de ne pas retenir le concept de concurrence balisée au
niveau des salariés proposé par les mandataires. En lieu et
place, nous recommandons l’introduction de mécanismes
d’évaluation pouvant conduire à une étude comparative
publique-privée tenant compte de tous les paramètres y
compris des conséquences à moyen et long terme de la perte
d’expertise publique et de l’impossibilité ultérieure de
contrôler les coûts.
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